Le pouvoir du câlin…. mais d’ailleurs en a t’il vraiement un ?
Parfois, j’ai surtout besoin d’un câlin
C’est la rentrée. Je rentre d’une journée chargée et je déroule tout ce qui n’a pas été : les horaires qui se chevauchent, le document oublié, le rendez-vous à déplacer, les courses à faire… J’ai l’impression d’avoir passé ma journée à courir tout en prenant du retard. Une performance, à sa façon.
En face, la réponse arrive avec de bonnes intentions : « Tu devrais faire autrement. » ou « Il faudrait revoir l’organisation. »
Sauf qu’à cet instant, je ne cherche pas à améliorer mon planning. J’aimerais qu’on entende que cette journée a été difficile. Qu’on me prenne dans les bras ou qu’on me propose : « Tu veux que je te masse un peu les épaules ? » Des petits gestes qui veulent surtout dire “je suis là”.
L’organisation attendra, mon niveau de stress et ma fatigue ont pris toute la place.
Ce décalage peut arriver dans le couple : l’un raconte pour être réconforté, l’autre cherche des solutions pour aider. L’intention est attentionnée, mais la réponse ne rencontre pas le besoin du moment.
On peut alors essayer de le dire : « Là, j’ai surtout besoin que tu m’écoutes. Et j’aimerais un câlin, si tu en as envie. Les solutions, on pourra les chercher après. »
Cette précision compte : l’autre n’a pas de don de télépathie, même après des années de vie commune.
Le contact physique peut justement faire partie de ces façons de se sentir soutenu. Une étreinte, une main dans la nôtre, un baiser ou une caresse peuvent accompagner les mots, parfois lorsque nous n’avons plus beaucoup d’énergie pour parler.
Et ce qui se passe dans ces moments la ne relève pas seulement de l’émotion, notre corps peut aussi réagir à ces gestes: les fameuses hormones
Des recherches associent le toucher affectueux à une augmentation de l’ocytocine mesurée dans la salive, une hormone impliquée dans les liens sociaux.
Certaines expériences montrent également qu’un câlin peut atténuer la réponse du cortisol face au stress. Ces effets varient selon les personnes et les situations : un câlin ne déclenche pas un programme biologique identique chez chacun. Schneider et collaborateurs, 2023 ; Berretz et collaborateurs, 2022
Et les fameuses vingt secondes dont on entend parler dans tout ca ?
Elles correspondent à la durée utilisée dans certaines expériences, sans constituer un minimum scientifiquement établi. Vous pouvez donc laisser le chronomètre dans le tiroir.
Mais avant de se demander combien de temps s’enlacer, une autre question mérite toute notre attention : estce que ce contact est souhaité ?
Car non, tout le monde n’aime pas être touché de la même manière. Et personne n’est obligé d’apprécier les câlins.
Le ressenti dépend notamment de la personne qui nous touche, du contexte et de nos préférences. Un geste agréable dans une situation peut devenir inconfortable dans une autre. Les recherches soulignent justement combien le contexte modifie l’expérience du toucher. Saarinen et collaborateurs, 2021
On peut aimer les massages, mais détester les chatouilles. Apprécier les câlins avec son partenaire, mais pas les embrassades pour dire bonjour. Ou aimer habituellement être touché et souhaiter, ce soir, un peu d’espace.
Cela ne suffit pas à conclure à un manque d’amour, à de la froideur ou à un problème à corriger.
C’est là que le consentement prend toute sa place, y compris dans les gestes les plus ordinaires. Vivre ensemble ne donne pas un accès permanent au corps de l’autre. Avoir accepté un massage hier ne signifie pas en vouloir aujourd’hui. Et l’on peut changer d’avis pendant un câlin. « Tu veux que je te prenne dans mes bras ? » « Ça te fait du bien ou tu préfères que j’arrête ? »
Ces questions peuvent être simples, tendres, spontanées. Si l’autre se raidit, s’écarte ou semble hésiter, on s’arrête et on vérifie. Un silence n’est pas une invitation à insister. Et un refus doit pouvoir être accueilli sans reproche ni culpabilisation.
On entend aussi parler du toucher comme d’un « langage de l’amour ». Cette expression peut servir de point de départ pour échanger sur ce qui nous touche : les gestes tendres, les paroles affectueuses, les moments partagés, les services rendus ou les cadeaux.
Il faut toutefois garder de la souplesse : les recherches ne confirment pas solidement l’idée que chacun posséderait un langage principal parmi cinq catégories fixes, ni qu’il suffirait de trouver le bon pour qu’un couple fonctionne. Impett et collaborateurs, 2024
On peut avoir besoin d’une étreinte aujourd’hui, d’encouragements demain et d’une vraie répartition des tâches toute la semaine. Le câlin du soir est appréciable ; il ne vide pas le lave-vaisselle.
Et surtout, « le toucher est mon langage de l’amour » ne peut jamais devenir un argument pour obtenir un contact que l’autre ne souhaite pas. On peut exprimer son besoin de proximité et chercher ensemble des façons de se rejoindre qui respectent les deux personnes.
Cette place du contact dans nos vies commence très tôt. Dès la naissance, le peau à peau entre le nouveau-né et sa mère a des bénéfices documentés. Une synthèse Cochrane actualisée en 2025 indique qu’il favorise probablement la régulation de la température, la glycémie du bébé et l’allaitement exclusif. Il pourrait aussi améliorer sa stabilité respiratoire et cardiaque, avec des données moins certaines sur ces derniers points. Il se pratique dans des conditions adaptées, avec l’accompagnement de l’équipe soignante. Revue Cochrane, 2025
Ces bénéfices ne doivent pas devenir une pression supplémentaire pour les parents lorsque les circonstances médicales empêchent ce premier contact. Ils ne permettent pas de résumer la qualité d’une relation aux premières minutes après la naissance.
En grandissant, l’enfant doit aussi pouvoir exprimer ses préférences. On peut lui proposer les bras pour le réconforter et respecter son refus de faire un bisou. Il n’a pas à offrir son corps pour être poli ou montrer qu’il aime quelqu’un, un petit coucou ou même le “check” peuvent suffire . Et si l’enfant à peur cela ne sert à rien de lui dire qu’il n’est pas poli, que nous sommes tristes ou alors “tu ne nous aimes plus”…. On ne confond pas politesse avec contact physique.
D’ailleurs avec les mesures de restriction du Covid nous avions été nombreux à avoir enfin un prétexte pour ne plus avoir à bisouiller à tout va quand on arrivait quelque part.
Câlin et dispute :
un câlin peut accompagner des retrouvailles après une dispute, parce que honnêtement s’il y a bien un truc qui empêche de dormir c’est se coucher fâché. Mais cela ne doit pas dispenser de revenir sur ce qui a blessé. Les bras peuvent s’ouvrir mais la conversation reste à reprendre et si un moment de tendresse peut aider à se rapprocher il ne remplace pas les excuses, l’écoute ou les changements nécessaires.
Finalement, après ma journée de rentrée, ce qui pourrait me faire du bien commencerait peut-être par cette question :
« Tu as besoin que je t’écoute, qu’on cherche une solution, ou tu aimerais juste un câlin ? »
Ce soir, je choisirais volontiers les bras. Et si le massage des épaules est toujours proposé, je suis intéressée.
